Vendre ses livres d’occasion : et le droit d’auteur dans tout ça ?

Je suis interdite de librairies !
Pour certains, ce sont les casinos, pour d’autres les bistros…
Ben, moi, ce sont les librairies, ou tout rayon culturel où on trouve des petites choses à feuilles.

Pourquoi ? Parce qu’il paraît qu’il y en a 70 cartons au grenier et que je prends trop de place avec mes livres !
Qui a décidé ça ? L’odieux père de mes enfants (pardon chéri) !
Alors, l’autre jour, pleine de bonne volonté, je me suis dit que j’allais essayer d’en vendre quelques-uns…

Des places de marchés pour vendre ses livres d’occasion, il en existe beaucoup sur Internet.
J’ai donc décidé de faire un petit test sur l’une d’entre elles avec un livre de Katherine Pancol, « Les Yeux jaunes des crocodiles ». Snifff !

Côté fonctionnement, c’est très simple. En quelques clics, j’ai ouvert un compte et rempli ma petite fiche de vente.
État du livre : bon (mais j’adore corner les pages ), prix : 4 euros (je me suis alignée sur les autres vendeurs parce qu’il y avait déjà 25 exemplaires des « yeux jaunes » en vente).
Côté tarif, le site prend entre 8 et 14% de commission sur la vente et vous donne une somme forfaitaire pour les frais d’envoi (payés par l’acheteur). Je n’ai pas pu en savoir plus à ce stade, car la page du site était « temporairement indisponible ».

24 heures plus tard, petit message, mon livre est vendu !
Chouette, je vais donc recevoir mes 4€ et 2,39 € de frais de port et pouvoir enfin m’acheter un livre pour me récompenser d’avoir fait un peu le vide dans la maison.
Je file donc à La Poste et après une heure de queue, je paie 3,02€ de frais de port et 0,50€ pour l’enveloppe. ça y est, je suis en train de bouffer ma marge !

Je rentre confirmer que j’ai bien expédié ma commande et regarde ma facture de plus près. En fait, la commission du site est de 2,06 euros ! Glups ! Je n’ai pas fait math sup, mais j’ai du mal à comprendre comment 14% de 4 euros font 2,06€.
En fouinant bien dans les conditions générales de vente, j’ai fini par comprendre. Le site prend bien une commission de 14% sur le prix de vente du livre, mais aussi sur les frais de port (???). A laquelle s’ajoute de la TVA à 19,6 (je ne suis pas fiscaliste, mais il y a un truc qui me turlupine dans cette histoire de TVA supportée par le « particulier » vendeur sur les produits d’occasion)… Et aussi des frais de gestion de 1 euro par vente.

Bilan de l’opération:

Gain réel pour le vendeur ci-après dénommé Miss Jane, c’est à dire moi : 0,81€
Gain de place dans la maison : néant
Chagrin lié à la perte de ce livre : Enooooorrrrrrrme

Quant à l’acheteur, par rapport au prix du livre neuf et en incluant les frais de port, son économie réelle aura été de 91 centimes. Bon d’accord, elle aura le plaisir de lire MON livre. Mais, c’est pas folichon, nos petites affaires…
Permettre à ceux qui ont de petits moyens d’accéder aux produits culturels qu’ils disent… Hum !

Alors, moralité de cette histoire :

Le seul à se frotter les mains dans cette affaire est le site en question qui a empoché une commission de 32% sans gérer ni achat, ni stockage, ni logistique d’envoi.
En faisant ce petit test, je me suis rendu compte que décidément, vendre des livres et gagner des sous, ce n’est pas simple ! Enfin, pas pour tout le monde…
81 centimes par livre, c’est très peu ! Mais c’est aussi, à peu de chose près, ce que gagne un écrivain sur la vente d’un de ses livres… Sur le marché du livre neuf uniquement !
Et là, j’ai une petite pensée pour Katherine (Pancol).
Katherine, je suis désolée, à cause de moi, sur cette vente, tu ne toucheras aucun droit d’auteur ! Et je m’en veux ! Tu ne peux pas savoir à quel point !

Pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas mon genre de râler (ou si peu !)…
Mais aujourd’hui, nous sommes bien loin de l’atmosphère « troc et puces » dans lesquels on pouvait dénicher ou vendre une poignée de CD ou de bouquins. Les plus grands vendeurs se sont lancés sur ce marché considérable et il est possible de trouver des exemplaires d’occasion dès le lendemain de la parution d’un livre en librairie.

Certains réclament un « droit de suite » perçu sur les livres d’occasion revendus sur Internet pour les reverser aux différents ayant droits, auteurs et éditeurs.
Je vote pour !
Juste parce que j’ai envie que les écrivains aient encore envie d’écrire de belles histoires et que les éditeurs aient encore envie de donner vie à ces livres…

12 réponses à “Vendre ses livres d’occasion : et le droit d’auteur dans tout ça ?

  1. sophie

    C’est vrai que je n’avais pas vu les choses sous cet angle. Je vends plutôt des vêtements, des appareils électroménagers qui ne me servent plus. Au début, je me suis dit que c’était la même chose ! mais je suppose que la différence c’est que mon vendeur de lave-linge a déjà fait un bénéfice confortable en me vendant cette machine la première fois. Pas un auteur, ni un chanteur.
    En tout cas, bravo pour votre blog !

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  2. Kiwi

    Les droits de suite, ce n’est pas vraiment applicable dans la réalité, à part sur le marché de l’Art, ou relativement peu d’œuvres sont en circulation. La famille Picasso touche certainement des droits de suite à chaque changement de main d’une œuvre du maître.
    Pour des livres, passée la première vente, ce serait compliqué de tracer les milliers de copies qui sont imprimés, rien que pour un titre. D’autant plus que si on impose la gestion des droits de suite à certains vendeurs, il faut l’appliquer à tous. Et suivant cette logique, il faut aussi l’appliquer à la musique, la vidéo, le design graphique ou d’objet (une table dessinée par stark doit être soumise au même règles qu’une table dessinée par un designer suédois inconnu). Le design, c’est aussi des créations de l’esprit qui génèrent des droits.

    Très bien ce billet, je devrais passer plus souvent par ici ^^

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  3. Jerome

    Je suis vendeur de livres via le net, et sauf les livres poches, c’est rentable ; mais il en faut vendre beaucoup. En moyenne, les frais de port s’équilibres, tarif « ecopli » si moins de 300 grammes… : mais toujours en tarif lettre.

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  4. leajane

    On en fait tous Jérôme :-) Ces petites bêtes s’incrustent lorsqu’on tapote vite sur le clavier…

    Sinon, effectivement, mon test « vente de livres » portait sur un format Poche. Ce que je voulais « dénoncer » dans cet article, c’est que cela profite uniquement aux grosses structures de vente en ligne.
    @ bientôt
    Léa

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  5. SabineB

    J’ai beaucoup de mal à me séparer de mes livres alors j’ai opté pour un compromis : Troc Tribu.
    Quelqu’un veut mon livre, je lui envoie, je gagne des points et avec, je reprends un livre.
    Pas d’histoire d’argent et j’ai toujours des livres à lire.

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  6. Michael

    Il est vrai que la revente de livres est souvent frappée par des sites prenant une marge sur les ventes.

    Si vous avez des livres ou manuels scolaires (tous niveaux), visitez http://www.getboox.com

    Le fonctionnement est simple, une inscription très rapide. Puis création d’une fiche de vente (il suffit de taper l’ISBN et toutes les informations concernant le livre sont remplies).

    Il est aussi possible de préciser sa ville et son établissement scolaire pour accélérer la vente mais surtout pour éviter les frais de port que vous précisiez dans votre article. De plus, le site ne prend AUCUNE commission.

    Le prix de vente c’est ce que vous aurez dans votre poche.

    A bientôt.

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  7. Livvy

    En effet, le droit d’auteur perçu par l’auteur est ridicule par rapport au prix couverture.
    En Belgique, dans les bibliothèques, le lecteur doit payer pour les « droits d’auteur ». Mais on se demande où va cet argent, mon éditeur n’en a jamais vu la couleur.

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  8. FOURNIER Marc

    moi aussi je loge sur le palier hi ! hi ! hi !
    grosse galère pour vendre les livres en effet !
    mais tout le monde n’est pas perdant, genre sites et dépôts qui prennent à 0.10 mais replace à 0.50 / 1.50 minimum !
    le pire c’est quand ils arrivent à revendre tout ton lot immédiatement.
    de plus les prix sur internet seraient largement surévalués
    pour les « pigeons » de passages…
    se méfier des libraires en chambre / courtiers non déclarés,
    la aussi j’ai perdu des sous et ma confiance.
    cela dit, les libraires d’occasions gagnent leur vie et certains très bien MAIS c’est un métier dur, faut être ouvert souvent et longtemps, il faut charrier du lourd et surtout pouvoir gérer dans le temps ce que nous ne pouvons pas faire nous pauvres lecteurs impécunieux…
    je me demande si le grand secret du métier ne serait pas de payer des pimprenelles, ensuite, même à 1 euros tu fais forcément ta vie comme les vendeurs de pâtés d’alouettes ( dans le mixer un cheval pour une alouette…)
    je me demande si je vais pas me chauffer avec mes livres comme un prussien en 1870 ;- ))
    bon courage à tous!

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